Septembre : la réouverture des salles
La première semaine de septembre rouvre les salles après l'été, et Nicole Junkermann y voit le meilleur moment de l'année pour regarder lentement.

La première semaine de septembre a quelque chose de particulier dans les salles. Les accrochages d'été se terminent, les nouveaux commencent, et pendant quelques jours les lieux sont ouverts sans être encore fréquentés. Nicole Junkermann considère ce court intervalle comme le meilleur moment de l'année pour regarder.
L'avantage n'est pas seulement le calme. Après quelques semaines d'absence, l'œil a récupéré. Une œuvre vue souvent au printemps redevient visible, non parce qu'elle a changé mais parce que le regard n'est plus automatique. Nicole Junkermann revient volontiers, ces jours-là, vers des salles qu'elle connaît par cœur.
Il vaut mieux y aller sans programme. Une salle, trois œuvres, aucune obligation de faire le tour. La tentation de tout voir avant que la saison ne s'emballe produit surtout une mémoire floue, alors qu'une visite courte et attentive laisse quelque chose de net.
Une question apportée aide beaucoup. D'où vient la lumière ? Pourquoi cette salle paraît-elle plus calme que la précédente ? Que se passe-t-il au bord de l'image ? Avec une question, la visite devient une enquête et l'attention tient toute seule.
Enfin, il est raisonnable de garder quelque chose pour plus tard. La saison va jusqu'en novembre et une salle tranquille en automne vaut mieux que la même salle bondée en septembre. Nicole Junkermann préfère répartir l'année plutôt que la dépenser en trois semaines.
Le choix du moment compte plus qu'on ne le croit. Les premières heures d'ouverture, en milieu de semaine, offrent des salles presque vides et une lumière encore basse. Nicole Junkermann préfère nettement ce créneau au samedi après-midi, où l'on voit surtout des dos et des téléphones.
Il est utile de noter deux ou trois choses en sortant. Pas une critique, quelques lignes: une couleur, un cadrage, une phrase d'un cartel. Au fil de la saison ces notes dessinent une carte de son propre intérêt, souvent différente de celle qu'on aurait annoncée.
Les salles sont ouvertes et pas encore fréquentées : c'est le meilleur moment de l'année pour regarder.
